Mon père, ce héros au regard si doux…

Un mot pour vous faire sentir toute la délicate beauté de cet homme, dont la puissance virile n’a d’égal que la grandeur d’âme. 

C’est qu’en ce lundi de Pâques – qui n’a jamais clôturé chez nous le moindre carême mais que nous réservons précautionneusement pour une réunion qui n’a de traditionnelle que le nom –, après avoir préparé de tout son talent culinaire un menu complet et réaménagé les pièces de vie pour nous y accueillir, après avoir été un hôte aux petits soins, apportant à point chaque service, faisant sauter les bouchons avec élégance et annonçant les plats avec éloquence, après avoir commenté la citation philosophique piochée dans mes « œufs » de circonstance, savouré le gâteau et marché les kilomètres proposés par ma plus jeune sœur, il a encore trouvé en lui, comble de bravoure, l’énergie et la force de passer l’aspirateur dans toute la maison pour nettoyer le milieu d’accueil, afin d’épargner cette peine à ma mère, qui bricolait avec moi son vélo. 

Notre atelier de mécanique cycliste visait à monter la roue électrique qui doit permettre à cette grande sportive entrée trop tôt dans son troisième âge de gravir à nouveau la colline au sommet de laquelle elle vit et, la bécane dûment testée et rangée, la pièce pouvait enfin être elle aussi nettoyée en vue de l’arrivée des bambins demain matin. La pièce elle aussi nettoyée, mon père enfin monté se délecter d’une douche bien méritée, les outils rangés et mes mains lavées, je trouvai préparé tout exprès pour mon départ tardif un sac en papier (dans son élan généreux, il aura su en sus être vigilant à ma grande conscience écologiste) dans lequel il avait méticuleusement rassemblé les objets disparates qu’il me fallait emporter : biscuits sablés en forme d’œufs à mon nom et à celui de la petite que ma plus jeune sœur nous a si affectueusement pâtissés ; œufs en chocolat à divers·e·s ami·e·s destinés ; aliments que ma mère, des courses, avait eu la gentillesse de me rapporter ; restes du repas qui doivent, demain, me rassasier. 

Cet éloge associe à dessein les tâches ménagères dont cet homme s’acquitta diligemment aujourd’hui par amour pour ses femmes et les qualificatifs classiques de la masculinité triomphante. C’est que le triomphe de celui-ci éclipse par la tendre sincérité de son attention à nous toutes les démonstrations arrogantes de ceux qui pensent que rouler des mécaniques produit plus d’effet que de soutenir astucieusement – qui, en un mot, à défaut de pouvoir faire avec, font contre.